Quand j’étais petite

Quand j’étais petite je voulais être américaine. Ma famille paternelle habitait là-bas et j’y allais de temps en temps pour les vacances. Tout était plus grand, tout avait l’air simple et je n’avais jamais mangé une part de pizza aussi délicieuse. Pourtant j’étais française et écossaise mais je préférais troquer le kilt pour le costume de pompom girl. Elles étaient tellement classes les pompom girls.

Quand j’étais petite je disais que j’étais américaine. Ma famille vivait là-bas et je n’avais jamais mis les pieds en Écosse. C’était plus simple et tellement plus classe. En plus d’avoir un nom de là-bas, je pouvais me targuer d’avoir été au pays de la NBA, des séries télévisées, de Walt Disney, auprès de mes amis qui n’avaient jamais mis les pieds aux États-Unis. Et puis la cornemuse ça faisait moins rêver.

Quand j’étais petite, je disais que j’étais d’origine américaine, c’était plus simple et je me sentais fière. Pour moi cela rimait avec la réussite, le style, et tout ce que Brenda, Dylan et Brandon pouvaient traverser comme épreuves. Je me nourrissais des blagues du Prince Bel Air, c’était la Fête à la maison et parfois j’allais chez les plus bouseux comme Roseanne ou Al Bundy. Je ne connaissais rien à la politique, ne m’y intéressais pas alors les américains pour moi c’était ça, tout ou moins mais jamais malheureux. Le flic de Beverly Hills était noir, ce n’était pas lui qui était pourchassé. Tout allait donc bien.

Puis j’ai grandit. Les fantasmes se sont effrités pour laisser place à une réalité bien loin des écrans de télé. Petit à petit, le tartan écossais m’a semblé bien plus joli que les étoiles du drapeau américain.

Aujourd’hui je suis maman et écoeurée de voir des enfants pleurer car ils ont été séparés de leurs parents pour la seule raison de n’être pas nés au bon endroit et d’avoir voulu effleurer ce rêve américain. Il y a une semaine j’étais pourtant tout aussi désolée de voir mon pays laisser des familles réunies sur un bateau à la dérive.

L’herbe n’est donc pas plus verte ailleurs, ou peut-être l’est-elle finalement, en Écosse, qui le saurait…

Quand j’étais petite, j’étais pleine d’illusions.

À mon étoile.